Rencontre avec le Dr. Guy Vallancien

Rencontre avec le Dr. Guy Vallancien

Le mercredi 13 septembre, le Dr. Guy Vallancien interviendra à Nice dans le cadre des 3ème Rendez-Vous Riviera sur le thème de la révolution numérique et robotique dans le secteur de la santé.

Membre de l’Académie Nationale de Médecine, professeur de chirurgie, spécialiste et pionnier mondialement reconnu de la chirurgie robotique du cancer, il est également Président de l’Ecole Européenne de Chirurgie et Président de la Convention on Health Analysis and Management. Auteur de plus de 350 publications scientiques, il a sorti l’ouvrage  » La médecine sans médecin ? Le numérique au service du malade  » aux éditions Gallimard en 2015.

En préambule de son intervention aux prochains RVR, Guy Vallancien évoque les changements radicaux liés au numérique qui impacteront l’univers de la santé.

 

Guy Vallancien, tout d’abord merci d’avoir accepté d’intervenir en septembre prochain aux Rendez-Vous Riviera. Lorsque l’on regarde les thèmes des conférences sur lesquels vous intervenez : de l’homme réparé à l’homme augmenté, la médecine sans médecin, ou encore le robot fait mieux que la main, on se plonge dans des domaines qui appartenaient quasiment à la science-fiction il y a dix ou vingt ans. Doit-on désormais se projeter dans cette réalité avec excitation ou avec crainte ?

Les deux mon commandant ! Excitation face au potentiel du service rendu que peuvent apporter ces technologies, mais crainte des dérives qu’elles portent également en elles. Il faut donc en permanence évaluer le couple bénéfice/risque.

C’est exactement le même raisonnement que pour l’énergie atomique : elle peut servir le cadre médical ou être employée pour faire tout sauter !

Tout cela va très vite et la société doit s’emparer de ces débats.

Je regrette d’ailleurs que la France et l’Europe soient globalement en retard sur les questions de l’intelligence artificielle et de la robotique. Au contraire des américains, nous n’avons pas de grandes corporations actives dans ces domaines.

Regardez Google qui encaisse des dizaines de milliards de dollars chaque année liés à la vente de données que nous donnons pseudo-gratuitement ! Et c’est d’autant plus dangereux que ces groupes qui prônent la transparence à tout va sont en réalité les plus opaques.

L’Europe a raté la marche de l’accumulation des données. Cela ne se fait pas chez nous. Or, on sait qu’un algorythme très puissant avec peu de données ne donne presque rien, alors qu’un algorythme faibe avec beaucoup de données est au contraire très performant.

Nous avons perdu une bataille mais les politiques doivent impérativement réfléchir à une régulation de ce monde totalement éclaté qui passe entre les frontières sans rien demander à personne.

 

Vous êtes un pionnier mondialement reconnu de la chirurgie robotique du cancer. Quels espoirs préventifs et curatifs les nouvelles technologies apportent-elles dans la lutte contre la maladie ?

L’intelligence artificielle permet d’aller chercher des diagnostics rares auxquels le médecin ne pense pas. Il existe des exemples où Watson, développé par IBM, a déjà rattrapé des erreurs de diagnostics.

Quand au plan thérapeutique, il est évident que la machine va nous aider à mieux faire.

Le risque majeur, c’est la folie marchande et les dérives mercantiles qui se développent notamment en Chine ou aux Etats-Unis. Il me semble dangereux de permettre par exemple de proposer aux parents de choisir les caractéristiques physiques de leur enfant avant la naissance ! C’est la perte du hasard. Or, le hasard c’est la vie. Nous, Européens, ne pensons pas comme les américains ou les chinois. Il faut absolument arriver à discuter de culture à culture pour arriver à un panhumanisme numérique et non un transhumanisme numérique.

Vous savez, le cerveau est une machine lente et pataude mais bien plus exceptionnelle dans son adaptabilité que n’importe quel ordinateur au monde. Une machine peut battre le cerveau humain au jeu de go : d’accord, mais mon cerveau sait jouer aux échecs, au bridge, au poker et je peux le faire tout en buvant une tasse de café et en discutant avec ma voisine ! Ma capacité d’intelligence transversale est inimaginable.

La machine nous déborde sur certains points, il faut l’accepter. Mais juste où ? C’est un débat de fond encore plus preignant à mon sens que celui du réchauffement climatique.

 

Vous évoquerez tous ces sujets en septembre prochain devant un public d’assureurs et de réassureurs spécialistes des questions liées à l’assurance des personnes. Ils sont à ce titre concernés au premier plan par des évolutions qui impacteront les risques qu’ils couvrent. Comment peuvent-ils accompagner ces profonds changements ?

Je crois qu’il faut qu’ils s’orientent très rapidement vers le service et l’accompagnement afin d’éviter que d’autres entités ne viennent faire leur métier à leur place. Nous n’en sommes pas encore là, mais on pourrait très bien imaginer des associations de patients, les diabétiques par exemple, qui organiseraient des levées de fonds pour s’occuper des risques liées à leur maladie, créant de fait une  » charité égoïste  » où on s’occupe de soi en groupe.

Les assureurs sont également confrontés au problème de la donnée : que fait-on de la donnée au plan assurantiel ? Là encore, c’est un débat majeur aux enjeux colossaux.

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